Design | 13 mai

Le design, c’est ne pas faire grand-chose. Malgré nos apparences de designers éternellement adolescents jouant de façon bon enfant avec des couleurs en parlant de chaises Bertoia et en actualisant notre flux Yik Yak, nous sommes, entre deux sessions de recherche de .webm, corps et âme consacrés à la tâche ardue de ne faire pas grand-chose.

En effet, les commentaires reviennent régulièrement en réunion lors de la présentation d’un visuel fort épuré: la maquette manque de « pop »; il faudrait davantage de fioritures; plus d’images. Bref, il faudrait ajouter plus de choses. Les designers répondront, bien souvent par réflexe, que c’est pour faciliter la communication des objectifs cernés, que le « white space » permet de mieux focaliser sur les éléments importants, que c’est une bouchée de fraîcheur en citant l’exemple d’Helvetica tiré du film éponyme.

Outre ces objectifs communicationnels, une raison reste inhérente à cette habitude du design d’être épuré, un objectif devenant de plus en plus incontournable dans notre contemporanéité. Cet objectif, c’est d’en utiliser moins, moins de ressources, moins d’énergie. Soyons réalistes, la majorité des imprimés que les designers produisent seront appelés à être jetés dans une période de quelques mois. On répondra que ceux-ci seront recyclés et que les tirages sont toujours au minimum nécessaire, certes l’utilisation de ressources dépasse ces préoccupations postconsommations. La quantité d’encre utilisée, la quantité de manipulations en imprimerie, l’épaisseur et la provenance du papier sont tous des critères devant être pris en considération, car ceux-ci ont un impact irrévocable sur l’empreinte écologique d’un document créé.

Transposer l’ensemble de son contenu sur le web n’est pas plus un gage d’une utilisation responsable des ressources. L’empreinte énergétique du web est de plus en plus tangible. Les « data centers », nécessitant une grande quantité d’énergie pour l’alimentation des serveurs et des systèmes de contrôle de l’environnement où ceux-ci se trouvent, compétitionnent avec la demande énergétique de petite ville. Avec la démocratisation de l’internet et corollairement, des vitesses de transfert, la possibilité de créer des expériences web avec un contenu de plus en plus volumineux en terme de kilooctets est devenue possible. Ces sites volumineux requièrent donc davantage d’énergie et nécessitent conséquemment plus de ressources en infrastructure. De façon locale, ce problème peut sembler minime. Cependant, d’un point de vue global, il devient évident que chaque petite intervention non nécessaire, multipliée par des milliards de requêtes, devient plus importante.

Il est donc tout aussi à propos de se demander sur le web comme avec l’imprimé, si chacun des éléments présents est fondamentalement nécessaire, et s’ils le sont, si ceux-ci peuvent être utilisés d’une façon nécessitant moins de ressources. Le design, ça sert à créer des solutions à un problème en essayant de limiter au maximum la création de nouveaux problèmes. Le design, c’est l’optimisation, c’est en faire moins.

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